Compte-rendu de l’audience du 29 novembre 2019 – Rectorat
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– Médecine de prévention
– Inclusion scolaire et conséquences sur les conditions de travail
– Augmentation indiciaire des AESH
– Convention ruralité
Pour
l’administration :
Monsieur William Marois, recteur de l’Académie, Monsieur Hervé Coindet,
directeur de cabinet
Pour le SNUDI-FO 53 : Stève
Gaudin, Hélène Colnot et Fabien Orain
Le SNUDI-FO 53 a été reçu
le 29 novembre 2019 par le Recteur de l’académie de Nantes, et a profité de
cette entrevue pour porter les revendications urgentes de nos collègues du 1er
degré, professeurs des écoles et AESH.
– Médecine de prévention
La délégation
du SNUDI-FO a rappelé le manque de médecin de prévention dans tout le pays,
dans toute l’académie, et l’inexistence physique d’un médecin de prévention
pour le département de la Mayenne. (Rappel : pour le département de la
Mayenne, le Docteur Iris Mory, rattachée à la DSDEN 49 s’occupe de tous les
agents de l’Education Nationale (administratifs, PE, professeurs du second
degré…) du Maine et Loire et de notre département.
Nous avons soulevé les problèmes principaux engendrés par
le déficit de médecin et l’absence de médecin de prévention dans notre
département :
- Des personnels qui ne consultent pas le médecin de prévention (du
fait notamment de la distance)
- Des visites médicales qui ne sont pas honorées
- Impact sur les politiques de prévention impossible à mettre en
place par l’employeur
- Bilan de la médecine de prévention en CHSCT inexistant (La
réglementation prévoit qu’un rapport de la médecine de prévention soit présenté
aux membres du CHSCT tous les ans.)
Le SNUDI-FO 53 a interrogé le recteur sur une éventuelle
possibilité de contractualiser pour assurer les missions de médecine de
prévention dans notre département, notamment avec des médecins libéraux.
Monsieur le Recteur
explique que plusieurs annonces ont été publiées dans des revues médicales
spécialisées pour recruter un « médecin de prévention » ou à défaut
un médecin « collaborateur » (c’est à dire un médecin sans la
spécialisation mais qui doit s’engager à suivre la formation afin d’obtenir le
diplôme universitaire « médecine du travail ». Le recteur ajoute que
cette formation sera payée par le rectorat, en collaboration avec l’université
d’Angers. Il constate que certains départements sont plus attractifs que
d’autres, et que visiblement, la spécialisation « médecine de
prévention » n’est pas attractive pour les jeunes médecins et l’obtention
d’un diplôme supplémentaire semble rédhibitoire pour certains.
Selon le Recteur, la
médecine de prévention n’est pas un problème de poste, qui sont officiellement
budgétés mais non pourvus. S’il reconnait que la situation n’est pas
satisfaisante, il reprend le même argumentaire que notre DASEN ; ce qui ne
règle absolument rien.
Il indique qu’à défaut, le
Docteur Mory assure « les nécessités du service ». Comment
expliquer alors que des dizaines de demandes de visite médicale n’ont pas été
assurées ?
Le recteur nous informe que
le ministère devrait lancer une opération nationale pour le recrutement de
médecin de prévention mais il nous confie « ne pas être persuadé que cela
fonctionne ».
Dans un contexte marqué par
des conditions de travail fortement dégradées, qui nous fait quotidiennement
rencontrer des collègues en souffrance, dans un contexte marqué par la
disparition des CHSCT, l’insuffisance des moyens consacrés à la médecine de
prévention dans notre académie s’apparente à une nouvelle offense aux
personnels et contribue à augmenter la souffrance au travail. La loi, et
notamment l’article 24 du décret 82-453 modifié relatif à l’hygiène et à la
sécurité au travail ainsi qu’à la prévention médicale dans la fonction
publique, font pourtant obligation au
rectorat et au ministère de garantir à chaque agent cette médecine de
prévention. Les collègues qui ont justement besoin d’aide sont confrontés à
une multitude d’obstacles, malgré le travail conséquent des personnels de la
DSDEN 53. Par ailleurs, la pression mise sur les médecins de prévention est
telle qu’ils ne peuvent assurer pleinement leur mission. Le SNUDI-FO dénonce
cette situation. Le manque de moyen ne saurait justifier une entrave à la
réglementation.
Si le Recteur avance une politique volontariste, aucune mesure
sérieuse n’est prise. Celui-ci ne veut poser le problème du numerus clausus. Pour rappel, depuis la loi travail et les
ordonnances Macron, la médecine du travail tend à disparaître dans le privé. Cela menace également et par ricochet la
médecine de prévention du public, et notamment avec l’application de la loi de
la transformation de la Fonction Publique promulguée cet été.
Si le recteur affiche une politique volontariste, aucune mesure
sérieuse n’est prise. Nous ne pouvons pas constater cette pénurie de médecins
sans soulever le problème du numerus clausus. En effet, depuis la loi travail
et les ordonnances Macron, la médecine du travail tend à disparaître dans le
privé. Cela menace également par ricochet la médecine de prévention du public,
notamment avec l’application de la loi de la transformation de la Fonction
Publique promulguée cet été.
Lutter contre le manque de médecins de prévention ne doit pas se
résumer à maintenir l’effectif existant, afin de pallier les départs en
retraite massifs prévus ces prochaines années, mais doit se concrétiser par
l’augmentation du nombre de diplômés en médecine du travail et, par voie de conséquence,
l’augmentation du recrutement de médecins en revoyant à la hausse le numerus
clausus.
A noter : Le SNUDI-FO a
engagé une campagne pour le recrutement d’un médecin et pour que les demandes
de visites médicales aboutissent. Le syndicat et plusieurs collègues ont déposé
une requête au tribunal administratif (TA). Nous sommes toujours dans l’attente
d’une réponse du TA, qui vient de nous indiquer que le rectorat avait transmis
la préparation de sa défense au ministère.
Le SNUDI-FO ne saurait accepter que des arguments d’ordre financier soient opposés à la protection de la santé des collègues.
– Inclusion scolaire et conséquences sur les conditions de travail et la santé des personnels du 1er degré
Externalisation
des Unités d’Enseignement des IME (UEE)
La délégation du SNUDI-FO
53 se fait le relai de l’inquiétude de nombreux collègues quant à
l’externalisation effective ou en prévision de tout ou partie des unités d’enseignement
des établissements médico-sociaux, et plus particulièrement des IME du
département et des conséquences que cela pourrait induire.
Nous rappelons que la note
de cadrage du 23 juin 2016 relative au cahier des charges des UEE prévoyait
l’externalisation de 100 UEE en France et annonçait une augmentation
progressive des UEE, auxquelles s’ajouteront les dispositifs prévus par les
troisième et quatrième plans autisme.
Monsieur le recteur reste
évasif, indique ne pas être au courant de la manière dont les prise en charge
pour les élèves vont s’effectuer. Il ne connaît pas les décisions nationales à
ce sujet et rappelle que ces externalisations sont encadrées par les ARS
(Agence Régionale de Santé).
Il précise cependant qu’une
procédure existe. Les unités externalisées donnent lieu à une convention signée
entre l’entité qui gère l’établissement médico-sociale (association), l’ARS et
le DASEN; et ce « si les conditions sont réunies »
La délégation a pu communiquer quelques situations qui
illustrent parfaitement les conséquences de l’inclusion à marche forcée
(témoignages de collègues, fiches RSST, enquêtes…)
Enquête CHSCT-D :
Nous avons interrogé le
Recteur, à propos de son refus de mettre en place l’enquête CHSCT de 2019 à
l’initiative de notre syndicat finalisée avec les autres organisations du
département (FSU, UNSA et CGT) et validée par notre DASEN. Celui-ci indique
simplement qu’il n’a pas à diligenter une enquête qui n’émane pas de
l’administration.
Non-respect des notifications MDA :
Nous avons porté les
premiers éléments de l’enquête lancée par le SNUDI-FO et relative au respect
des notifications MDA. Nous avons indiqué qu’il s’agissait là d’un indicateur fort : sur 117
notifications, 26 ne sont pas respectées (4 orientations ITEP ou IME non respectées,
et 22 notifications relatives à la présence d’un AESH ou au non-respect du
temps de présence ou encore du type de présence)
Monsieur le Recteur est
surpris de constater que des notifications propres à l’accompagnement des
élèves puissent ne pas être honorées. Il s’engage à vérifier auprès des
différents services. Néanmoins, au sujet des orientations non-respectées,
le Recteur assure qu’il n’est pas le bon interlocuteur, et qu’il faudrait que
nous nous adressions à l’ARS et aux organismes médico-sociaux.
Le SNUDI-FO a rappelé que
des personnels se retrouvaient en très grande souffrance parfois, et recevaient
des réponses non-adaptées (intervention d’un CPC, remise en cause de la
pratique pédagogique, de l’organisation de la classe…) Aucune politique de
prévention n’est mise en œuvre en dehors de l’EMR qui ne répond absolument pas
aux problématiques des conditions de travail et de la santé des collègues. Nous
avons fait le lien avec l’absence de médecine de prévention.
Monsieur le Recteur est conscient des problématiques qui peuvent en
découler. Il explique que dans le cadre du CHSCT académique, une réflexion a
déjà été engagée. Il a, à son initiative, prévu une réunion en décembre pour
travailler sur cette problématique avec tous les IEN de l’académie en charge de
la question des « élèves à besoins particuliers », ainsi que les
démarches que les IEN doivent apporter en soutien aux enseignants. Pour le
SNUDI-FO les réponses « pédagogiques » de l’institution ne sont pas
des solutions, et font la plupart du temps culpabiliser nos collègues.
Protection
fonctionnelle accordée dans une situation d’agression d’une enseignante par un
élève : comment devrait-elle être mise en œuvre par le DASEN et
l’IEN ?
La délégation a interrogé Monsieur le Recteur sur la mise en œuvre de la protection fonctionnelle par le DASEN et les IEN ; protection fonctionnelle qu’il a accordée à des collègues que nous représentons. Le Recteur assure que les collègues concernées pourront bénéficier de toute l’assistance juridique nécessaire et que l’administration honorera ses obligations en matière de prévention dans ce cadre. Nous saurons le rappeler à nos responsables locaux.
– Augmentation indiciaire des AESH
L’indice actuel des AESH dans l’académie est de 325 depuis janvier 2019. Comme le prévoit la réglementation : « La rémunération des AESH fait l’objet d’un examen triennal au regard des entretiens et des rapports d’activité permettant d’apprécier leur valeur professionnelle et leur manière de servir. L’évolution de la rémunération ne peut excéder 6 points d’indices majorés tous les 3 ans. »
Nous
avons fait remonter les besoins urgents des AESH (salaires misérables, retard
dans les traitements, travail à temps partiels imposé, précarité et conditions
de travail parfois très difficiles…) et l’impact de la gestion des AESH avec
l’introduction des PIAL (17 dans le 53) et dont l’organisation reste encore
floue (responsable, coordonnateurs, rémunérations…) Il précise que la gestion
interne des PIAL ne le concerne pas, et que cela n’est pas son problème. Pour
lui, l’objectif est d’honorer toutes notifications des élèves à besoins
particuliers et de permettre l’augmentation des quotités horaires des
personnels AESH. Malheureusement, la réalité du terrain dépasse parfois la
fiction, comme nous avons pu le lui faire constater…
Nous
avons demandé l’augmentation indiciaire à minima d’un point pour les AESH,
ainsi que la possibilité pour les AESH qui en font la demande d’augmenter leurs
quotités horaires. Le Recteur indique que les budgets sont clos. Nous avons
demandé quand cela pourrait être prévu ; réponse : « ce n’est
actuellement pas prévu ! » Et ajoute qu’il ne connaît pas les
orientations nationales concernant ce sujet, ni les moyens qui lui seront
alloués pour l’année prochaine.
Nous
avons demandé à Monsieur le Recteur de prévoir des frais de déplacements
lorsque des AESH sont amenés à se déplacer au sein du même PIAL. Sans exclure
cette possibilité, le Recteur élude une réponse claire.
–
Convention ruralité :
Le SNUDI-FO a rappelé qu’en Mayenne, il y avait 93 « petites
écoles » à 2, 3 ou 4 classes :
bonne ambiance de travail, proximité avec les familles… les zones
rurales ne sont pas des zones privilégiées, ce sont même les plus défavorisées
dans notre département (Cf. plan illettrisme…). Elles subissent déjà une
réduction de la présence des services publics avec la suppression des
bureaux de poste, des trésoreries, des maternités et des services de santé. Le
département de la Mayenne a subi 7 fermetures d’écoles rurales en 4 ans
(+regroupements d’écoles)
Nous
avons donné les éléments suivants :
2019:
fermeture de CIGNE et HOUSSEAU BRETIGNOLES
2018:
fermeture de LARCHAMP et BOULAY
2015:
fermeture de St LOUP du GAST et COUESMES-VAUCE
242
communes en Mayenne. 162 communes avec au moins une école publique sur son
territoire. 80 communes (soient 1/3) qui n’en aurait pas.
La convention ruralité (Convention
pour une stratégie Territoriale d’Evolution de l’Offre Scolaire Publique en
Mayenne au bénéfice de la Réussite de Elèves) a été imposée à l’ensemble
des communes du département en 2018. 44 conventions ont été signées sur le
territoire national (au 31 août 2018) ; et le ministre souhaite encore
développer ces signatures. Une première convention avait été initiée à titre
expérimental dans le Cantal où elle avait installé les maires comme
organisateurs des services de l’État en leur donnant la main sur la gestion des
postes et l’organisation pédagogique en échange de regroupements d’écoles. Cela
s’est concrètement traduit par la fermeture de postes et par des fusions
d’écoles. Nous avons également évoqué une autre conséquence de cette convention
départementale, à savoir l’imposition de convention locales, hors cadre RPI
comme à la Rouaudière ou à Cigné par exemple. Pour monsieur le Recteur cette
convention ruralité, a selon lui pour objectif de « préserver les écoles
qui normalement seraient fermées, si l’on respectait les seuils
habituels ». Il ajoute que « grâce » à la convention ruralité,
notre département a bénéficié de 5 postes supplémentaires, et qu’il s’agit
« d’un effort de la nation ».
Pour le SNUDI-FO, les moyens pour l’école ne doivent pas être
rationalisés, et d’ailleurs comme pour la santé, l’école ne devrait pas être
considérée comme un coût. Les enseignants, ne devraient pas avoir à s’adapter à
la rigueur budgétaire. Aujourd’hui, c’est bien de postes dont nous avons besoin,
des postes classes, des postes pour les RASED, complètement décimés, des postes
dans les structures d’enseignement spécialisé…etc Cela se vérifie par
ailleurs sur l’ensemble des départements de l’académie. Rationaliser c’est clairement enlever des moyens et cela est lisible
dans la convention ruralité mayennaise. Cependant,
l’objectif non déclaré est purement économique : c’est la récupération de
postes, cela se vérifie dès la première année durant laquelle cette convention
a pu s’appliquer, à savoir la carte scolaire 2019.
Nous estimons que les structures rendues possible par la
Convention ruralité va ligoter progressivement les maires et les soumettre à ce
qui ressemblera à un chantage permanent : ou bien ils accepteront les
propositions de regroupement/fusion et participeront à la destruction de
l’école communale ou… on leur imposera les mesures de toutes façons décidées
à l’avance. Le SNUDI-FO, s’oppose depuis toujours à la gestion territoriale de
l’école.
Le SNUDI-FO ne peut s’empêcher de faire le lien avec la politique menée actuellement. Guidée par CAP 22 (dont l’objectif est d’opérer des économies sur les services publics), la loi de transformation de la Fonction Publique et la loi Blanquer viennent concrétiser les initiatives expérimentales de ce type : accompagnement rapide de la baisse des dépenses publiques. Pour cela, les moyens ont déjà été annoncés et écrits : rationalisation, concentration et mutualisation des services publics non régaliens (L’Education Nationale en fait partie), transfert au secteur privé, voire, dans certains cas, leur suppression pure et simple !